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C’est un fait encore assez peu connu mais l’incroyable expansion de l’internet et de la téléphonie mobile n’aurait pas été possible sans la dépose au fond des océans de centaines de milliers de kilomètres de câbles. Nous avons préféré une transmission de nos données par câbles à une transmission par satellite, la première étant plus rapide et beaucoup moins coûteuse que la seconde.

Les câbles sous-marins ne datent pas d’hier. Le tout premier câble maritime a été tiré dans la Manche entre Calais (France) et Douvres (Angleterre) en 1851 (1). A l’époque il sert à faire transiter des communications télégraphiques. 5 ans plus tard en 1856 c’est au tour du premier câble télégraphique transatlantique d’être posé (2). Il reliera l’Irlande au Canada. Un message adressé depuis l’Europe au continent nord américain ne prendra plus que quelques heures alors qu’auparavant il fallait compter une dizaine de jours par bateau (3).

Bien que les communications téléphoniques se généralisent très vite ensuite avec l’invention du téléphone en 1876, le premier câble téléphonique à traverser l’océan Atlantique n’apparaîtra qu’en 1956. Contrairement aux signaux télégraphiques en effet les signaux téléphoniques perdent de leur intensité avec la distance et il faudra attendre des innovations technologiques agissant favorablement sur l’amplification des signaux mais aussi sur l’étanchéité et l’isolation des câbles pour y remédier. Entre temps la part belle sera donnée à la transmission par radio pour ce qui concerne les communications téléphoniques longue distance.

La carte des câbles télégraphiques en 1922 (A)

En 1988 une nouvelle étape est franchie : le premier câble en fibre optique est posé entre la France, l’Angleterre et les Etats-Unis (1). La fibre optique qui offre une capacité de transmission des données très élevée va alors progressivement remplacer les anciennes technologies utilisées auparavant soit le cuivre et le coaxial jusqu’à les supplanter totalement.

Le nombre de câble en activité change très régulièrement du fait de la pose de nouveaux câbles mais aussi du fait de l’enlèvement d’anciennes liaisons devenues économiquement obsolètes (4). Globalement leur quantité augmente chaque année. En 2014 on comptait 263 câbles sous-marins (5), début 2018 ils étaient approximativement 448 câbles répartis autour du globe pour un total cumulé de 1,2 millions de kilomètres (6). Le plus petit nommé CeltixConnect-1 mesure 131 kilomètres. Il relie l’Irlande au Royaume Uni (7). Le plus grand nommé SEA-WE-ME-3 atteint 39 000 km (8). Il interconnecte l’Asie du Sud-Est, le Moyen-Orient et l’Europe de l’Ouest. Une carte mise à jour existe sur le web qui les répertorie : https://www.submarinecablemap.com



Notre consommation effrénée de données numériques sur tablettes, smartphones, ordinateurs personnels, télévisions et désormais à travers les objets connectés ainsi qu’un nombre toujours plus important d’internautes de part le monde laissent envisager que cet accroissement du nombre de câbles pourrait ne pas connaître de fin. Le spécialiste américain des réseaux Cisco prévoit dans un rapport daté de 2018 un doublement du trafic internet mondial entre 2019 et 2022 (9). Face à ce besoin grandissant il n’y a pas d’autres équations que celle consistant à poser plus de câbles.

Presque tous les pays disposant d’un littoral sont connectés à un câble… ou plusieurs. Il est risqué en effet de ne se contenter que d’une seule liaison. D’une part parce que les câbles sont exposés à des agressions accidentelles. Il arrive en effet qu’ils soient arrachés par des filets de chaluts de pêches ou coupé par le largage d’une ancre de bateau. Il faut compter également avec des contraintes naturelles : tremblement de terre, glissement de terrain, tempêtes, érosion, abrasion et corrosion (10). Lorsqu’un cable est endommagé au point que le flux des données est interrompu la liaison peut être rétablie par un reroutage des données en utilisant d’autres câbles. Les pays qui ont les moyens répartissent leurs besoins sur plusieurs câbles au cas où l’un d’entre eux viendrait à faillir.

Aperçu d’un câble sous-marin depuis un câblier (C)
Découpe d’un câble sous-marin. On y aperçoit des câbles de fibre optique en son centre (D)

A cela s’ajoute la volonté de la part des opérateurs de télécommunication de fournir à leurs utilisateurs une connectivité toujours plus grande, plus rapide et plus fiable. Dans une ère où le numérique est devenu incontournable aux économies, les câbles sous-marins sont désormais perçus par les nations aussi bien que par les groupes privés comme des investissements stratégiques de premier ordre. Leur déploiement réclamant des investissements massifs s’élevant à plusieurs centaines de millions d’euros parfois pour une seule liaison il a été le fait pendant longtemps de consortium regroupant plusieurs acteurs qui se partageaient ensuite leur capacité. Depuis quelques années cependant les géants du Net tels que Facebook, Google, Amazon ou encore Microsoft n’hésitent plus à se doter de leurs propres câbles qu’ils financent intégralement (11).

 

Pendant que nous avons échafaudé un avenir radieux et prometteur à nos télécommunications et nos échanges de données au moyen de câbles sous-marins, nous avons façonné dans le même intervalle de temps une autre histoire. Une histoire qui était elle aussi pleine de promesses jusqu’à une époque récente pour montrer ensuite une tournure beaucoup moins reluisante : cette histoire c’est celle du plastique.

L’histoire du plastique est très ancienne. Il est communément établi qu’elle remonte à l’antiquité. Les premiers plastiques qui furent produits par l’Homme étaient d’origine naturelle issus du latex d’arbres tropicaux (12). Il servait à faire des balles et des figurines 1600 ans avant notre ère en Amérique du sud. D’autres plastiques naturels feront leur apparition fabriqués à partir de corne ou d’écailles de tortues (13). Puis les tout premiers plastiques synthétiques firent leur apparition ; la parkesine et la bakélite. La parkesine inventée en 1855 fut initialement destinée à remplacer l’ivoire qui commençait à manquer pour les arts et manufactures (notamment pour la fabrication des boules de billards, dés à jouer) (14). La bakélite inventée en 1909 vantée pour ses propriétés isolantes et thermorésistantes fut utilisée pour fabriquer les boîtiers de radios et de téléphones, comme isolant électrique, de même que dans divers ustensiles de cuisine, de bijoux et de jouets. Produit à hauteur de 175 000 tonnes en 1944, la bakélite fut le premier plastique produit à grande échelle (15). Tout au long de la première moitié du 20ème siècle de nouvelles molécules furent créées qui donnèrent naissance aux polymères que nous connaissons et utilisons abondamment aujourd’hui. Citons notamment le polystyrène, le polyéthylène, le polychlorure de vinyle et le polycarbonate. Avec les années 50, la consommation de masse et la diversification créent une explosion des demandes et confortent l’essor de cette industrie nouvelle. Les matières plastiques seront essentiellement fabriquées par la pétrochimie, à partir du pétrole ou du gaz naturel. Les usages sont très variés et entrent « dans les petits objets de la vie de tous les jours » (16).

Depuis 1950, la production et la consommation mondiale de plastiques augmente chaque année de façon constante. De 1,5 million de tonnes en 1950, la quantité produite tout pays confondu a atteint 348 millions de tonnes en 2017 (17). L’Union Européenne oriente une grande part de sa production vers les besoins en packaging (emballage) lesquels représentent environ 40% de la totalité des plastiques produits au sein de ses frontières. Cette part est encore plus élevée au sein d’un pays comme la France soit près de 46 % (18).

Or et c’est un fait constaté partout sur le globe, nos plastiques une fois parvenus en fin de vie ne trouvent pas tous le chemin des 2 types de valorisation qui leur sont traditionnellement alloués à savoir l’incinération pour produire de l’énergie et le recyclage.

Une quantité impressionnante de plastiques abandonnés parfois sans ménagement par leurs utilisateurs ou stockés dans des décharges à ciel ouvert existe qui une fois exposée aux éléments naturels tels que les vents, les pluies et le courant des rivières se propage jusque dans nos océans quand ces plastiques n’y sont pas jetés directement.

Même si c’est un fait connu depuis des décennies notre prise de conscience authentique du phénomène a longtemps tardé. En 1997 un événement va contribuer à nous ouvrir les yeux sur celui-ci un cran au dessus. Au retour d’une course à la voile Los Angeles-Hawaii par une voie délaissée par les marins, le navigateur américain Charles Moore tombe sans s’y attendre sur ce qui sera connu comme la plus grande concentration de déchets flottants sur la surface d’un océan et au sein de laquelle le plastique y occupe une place prépondérante : le « Great Pacific Garbage Patch » encore appelé « grande zone d’ordures du Pacifique » ou « Vortex de déchets du Pacific Nord ». Vaste comme près de six fois la France il a été popularisé plus simplement sous les termes de « 7ème continent » (19). Le plastique y constitue 80% des déchets accumulés.

Vortex de déchets du Pacifique nord (E)

De 2007 à 2013, pas moins de 24 missions vont être initiées par divers pays pour tenter d’identifier d’éventuelles autres décharges en suspension sur les océans du globe. La découverte est aussi impressionnante qu’alarmante : tous les bassins océaniques contiennent un vortex de déchets que ce soit le Pacifique Nord donc, mais aussi le Pacifique Sud, l’Atlantique Nord, l’Atlantique Sud et l’océan Indien (20).

Les déchets et spécialement les déchets plastiques du fait de leur flottabilité entrainés par les courants marins dérivent pendant des années, lentement décomposés par le soleil et les vagues. Tôt au tard ils se retrouvent piégés dans des zones marines où convergent des courants circulaires baptisés «gyres océaniques» qui naissent naturellement de la rencontre de courants marins chauds (qui s’éloignent de l’équateur pour aller vers les pôles) et de courants marins froids (qui font le trajet inverse). Ces derniers, sous l’influence de la rotation de la Terre, s’enroulent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord, et en sens inverse dans l’hémisphère Sud. «Aspirées» par la force centripète, les particules de plastique se concentrent au centre de ces vortex géants et s’y accumulent jusqu’à 30 mètres de profondeur (21).

Les 5 gyres, ou vortex de déchets (F)

Aujourd’hui entre 8 et 18 millions de tonnes de plastiques se déversent chaque année dans les océans du globe (22). 8 millions, cela représente un camion poubelle de déchets plastiques que l’on déverse chaque minute dans les eaux du globe (23).

Aperçu du vortex de déchets du Pacifique nord (G)

Les chercheurs ont observé que les vortex de déchets ne sont pas des zones d’accumulation permanentes mais des lieux de transfert, de transformation et de redistribution des plastiques flottants (24).

Aujourd’hui la pollution s’immisce dans tous les coins du globe. Il a été retrouvé des traces de plastiques dans les glaces de l’Arctique (25) et jusqu’au fond des océans y compris à l’endroit le plus profond du globe dans la Fosse des Mariannes (26).

Plastique de la Fosse des Mariannes (H)

Ainsi d’une part nous avons une course au débit internet se traduisant par une multiplication de câbles sous-marins et d’autre part un déversement incontrôlé d’une quantité toujours plus croissante de déchets plastiques entrainant aux 4 coins du globe une pollution aussi bien de la surface que du fond des océans.

Nous pourrions considérer que la superficie occupée par les océans est à ce point gigantesque sur notre globe terrestre qu’il existera toujours un moyen pour poser des câbles là où la pollution plastique n’a pas encore établi son camp et que d’autre part cette pollution de toute évidence ne se condense pas au point de constituer une barrière infranchissable sur la surface et un amoncellement suffisamment dense sur les fonds pour inquiéter les câbliers c’est à dire les bateaux en charge de la pose des câbles sous-marins et de leur relève à des fins de réparation. Si cela s’avère juste aujourd’hui, il n’est pas certains que cela le soit demain.

Le câblier ‘René Descartes’ de la société Orange (I)

Que savons-nous des océans ? Beaucoup de choses certes, nos connaissances s’accroissant d’année en année mais ce « beaucoup » est sans doute encore peu au regard de la complexité des écosystèmes océaniques vis à vis desquels nous n’avons pas fini de faire des découvertes inattendues (27) et d’autant qu’ils seraient impactés par des phénomènes qui leur sont exogènes telle qu’une pollution plastique agissant sur tous les points du globe et sur toutes les profondeurs.

 

Considérons les points suivants :

Premièrement : les vortex de déchets vont grossir considérablement ces 10 prochaines années

La production mondiale de plastique augmente de manière exponentielle avec un temps de doublement actuel de 11 ans; ainsi, entre 2015 et 2026, nous produirons autant de matière plastique que celle produite depuis le début de la production en 1950 (28). Il faut s’attendre à ce que les quantités de déchets plastiques qui atteignent les océans suivent la même tendance.

Ainsi s’il a été relevé que la quantité de plastiques se déversant dans les océans a été multipliée par cent depuis les années 1970, celle-ci pourrait décupler en quinze ans selon la biologiste Jenna Jambeck (université de Géorgie, Etats-Unis), passant de 8 millions de tonnes par an depuis 2010, à 80 millions en 2025 (29). Le vortex de déchets du Pacifique Nord à lui seul serait alors aussi étendu que l’Europe.

Aujourd’hui les vortex de déchets sont positionnés dans des emplacements situés à l’écart des aires de pêche, des routes commerciales et de plaisance mais lorsqu’ils vont atteindre une dimension plus grande rien ne dit qu’ils ne viendront pas empiéter sur ces voies maritimes y compris celles empruntées par les câbliers compliquant et peut-être même empêchant la pose et l’enlèvement des câbles sous-marins. Cela est d’autant plus vrai que les vortex de déchets ne sont pas statiques. Le « Great Pacific Garbage Patch » par exemple se déplace. Il est difficile de prédire à l’avance sa position exacte (30).

Que savons-nous du comportement d’un vortex de déchets constitué en milieu océanique qui passerait d’une étendue de 6 fois la France à une étendue aussi grande que l’Europe ainsi que son influence sur les écosystèmes océaniques, les courants et les fonds marins ? Que savons-nous de l’incidence de plusieurs vortex de déchets disposés dans chaque océan d’une même planète qui multiplieraient ainsi leur surface ? Rien. Il est évident cependant qu’ils auront un impact encore plus grand qu’ils ne peuvent l’avoir aujourd’hui.

 

Deuxièmement : une quantité encore plus impressionnante de plastique que celle observée dans les vortex des déchets évoluerait dans les eaux profondes des océans ainsi que dans leurs sédiments

On ne sait pas avec certitude ce que deviennent 99% des plastiques qui viennent alimenter les océans (31). L’ensemble de la pollution plastique de la surface des océans en y incluant les vortex géants a été estimé en 2014 à 269 000 tonnes (24) (30). Or on sait par ailleurs que chaque année les océans reçoivent entre 8 et 18 millions de tonnes de plastique. En somme des millions et des millions de tonnes restent invisibles.

Ce que l’on sait avec certitude par contre c’est que la faune marine ingère le plastique car elle le confond avec de la nourriture. Chaque année 100 000 mammifères marins dont notamment des tortues, baleines, cachalots, et 1 millions d’oiseaux décèdent suite à l’absorption de plastique. Il est un fait établi également que les poissons en absorbe et que le plastique se mélange de façon inextricable au zooplancton qui constitue le premier maillon de la chaîne alimentaire marine. Est-ce à dire que les 99% invisibles le sont parce qu’ils ont été ingérés par la faune marine ?

Entre le moment où un déchet plastique est abandonné à l’intérieur des terres ou sur les côtes et le moment où il vient alimenter l’océan il entame selon la distance parcourue, un processus de décomposition sous l’action du soleil, des pluies et des rivières plus ou moins avancé qui se poursuit en milieu marin sous l’action des vagues. Il a été constaté que beaucoup des plastiques qui composent les vortex géants de déchets y sont suspendus à l’état de microfragments soit selon une taille inférieure à 5 mm. Ces microplastiques ne sont autres que des fragments d’objets plastiques plus gros à un stade relativement avancé de décomposition. Et cette décomposition ne s’arrête pas là. Elle se poursuit ensuite à une échelle encore inférieure atteignant l’échelle du nanomètre. Aux microplastiques succèdent ainsi les nanoplastiques invisibles à l’oeil nu.

Microplastiques (J)

En plus d’être ingéré par les animaux marins le plastique a tendance à ne pas rester à la surface et s’enfonce également dans les profondeurs.

Des chercheurs ont relevés que les microplastiques occupaient abondamment la fosse des Mariannes. Située dans la partie nord-ouest de l’océan Pacifique la fosse des Mariannes est connue pour être à la fois la fosse océanique la plus profonde actuellement connue et l’endroit le plus profond de la croûte terrestre sur notre globe (−11 500 m mètres) (32). La concentration de microplastiques dans les eaux de la fosse et plus précisément dans sa partie la plus profonde, sa zone hadale (de −6 000 m à plus de −11 000 m), est plusieurs fois supérieure à celle des eaux de surface sous-marines. Il en est de même avec la concentration de microplastiques présente dans les sédiments hadaux de la fosse laquelle est nettement plus élevée que celle de la plupart des sédiments marins soit deux fois plus élevée que celle signalée dans les sédiments d’eaux profondes de l’océan Atlantique et de la mer Méditerranée, et vingt fois supérieure à celle des sédiments océaniques profonds du sud-ouest de l’océan Indien et de l’Atlantique Sud. Les chercheurs estiment ainsi qu’une partie des microplastiques «manquants» dans l’océan aurait pu être transférée dans l’océan profond et que la zone hadale de la fosse des mariannes est probablement l’un des plus grands puits de débris microplastiques sur Terre.

Or là également que savons-nous des conséquences d’une telle concentration de microplastiques dans les eaux profondes et plus particulièrement dans les sédiments du fond des océans ? Notre connaissance des fonds marins et notamment la Fosse des Mariannes est encore sujette à un apprentissage (27) qui ne nous permet pas d’anticiper à l’avance ce à quoi nous pourrions nous attendre. Les câbles sous-marins par lesquels transitent nos communications et qui sont soit déposés sur leur surface soit enfouis jusqu’à 3 mètres dans la couche sédimentaire vont-ils être impactés par la plastification des fonds marins ? Il a été observé que les microplastiques congelés dans l’Arctique abaissaient le point de fusion de la glace entraînant une disparition plus rapide de la glace de mer (33). Devons-nous nous attendre à ce que le plastique mélangé aux sédiments marins entraine un accroissement des glissements de terrain des fonds marins causant un déplacement anarchique des câbles sous-marins voire leur rupture ?

 

2 autres points découlant de la pollution plastique des océans et dont l’incidence sur les câbles sous-marins pourrait sembler moins pertinentes à priori méritent également notre attention :

Le déplacement et la dissémination d’espèces invasives voyageant au gré des plastiques marins de surface

Il a été observé que les plastiques sont de véritables radeaux pour des micro-organismes et les espèces permettant leur transport sur de très longues distances hors des zones où ils sont normalement confinés. Ces déplacements sont susceptibles de bouleverser l’équilibre écologique des régions ainsi colonisées. Un seul morceau de plastique de 4 mètres échoué sur les côtes du Canada, venu du Japon suite au tsunami de 2011, comptait 54 espèces nouvelles pour les écosystèmes nord-américains. (34) (35)

Le déplacement de polluants chimiques fixés sur les plastiques marins

Le plastique exposé au milieu naturel, nous l’avons vu, se fragmente en microplastique et nanoplastique, il véhicule par ailleurs des espèces pathogènes et invasives mais ce n’est pas tout. Il est également en mesure d’absorber certains produits chimiques tels que le PCB, DDT et les phénols qui sont ensuite ingérés par les organismes vivants (notamment les tortues et les oiseaux de type fulmars ou albatros) participant à leur contamination.

 

Dans un scénario vertueux qu’il est souhaitable de voir s’instaurer le plus rapidement possible du fait d’une conscience anticipatrice et éclairée des contradictions et des menaces qui pèsent sur le secteur des câbles sous-marins exposé à une pollution plastique invasive des océans, mais aussi du fait d’une volonté délibérée de la part de ses acteurs de se constituer partie prenante de l’avenir du plastique dans nos sociétés tout autant que de celui de la planète et des générations futures, nous pourrions assister à une résorption des quantités de plastiques déversées dans les océans jusqu’à leur tarissement complet et définitif.

 

Voici des pistes d’actions à envisager à cette fin que les acteurs des câbles sous-marins et les acteurs de l’internet peuvent démarrer sans délais. Je suis par ailleurs prêt à y participer en coordination avec ceux-ci :


1 – Contribuer à établir précisément une cartographie mondiale des zones maritimes polluées par le plastique et de la densité des déchets plastiques s’y trouvant.

Beaucoup de ce que nous savons à propos des quantités de plastique occupant les océans et les mers est le fruit d’expéditions sur les eaux du globe -24 au total- initiées entre 2007 et 2013 et coordonnées par l’institut 5 Gyres (36). 
Cette évaluation des quantités présentes dans nos océans est une tâche à laquelle les acteurs de la pose et de la relève des câbles sous-marins peuvent s’adjoindre désormais. Leurs bateaux que l’on nomme câbliers, sillonnent très régulièrement les mers et océans partout sur le globe ce qui leur offre la possibilité d’effectuer par la même occasion des relevés et des observations qui seront utiles aux acteurs actuellement investis dans une meilleure compréhension du phénomène de la pollution plastique des océans, son étendue et son déplacement. Ces actions bien entendu ne pourront pas être menées d’une façon qui contraigne leur mission première de pose et de relève des câbles mais sans nulle doute un cadre pourrait être défini conjointement avec les chercheurs investis à une connaissance du phénomène plastique au sein des océans qui puisse permettre à ces derniers de mieux appréhender le phénomène. Ce point s’adresse en outre aux acteurs de l’internet qui habitués à investir leur intelligence dans le développement de contenus et services numériques innovants peuvent très bien investir leurs efforts dans la création d’outils numériques utiles à une meilleure prise en compte du phénomène plastique au sein des océans et notamment pourquoi pas avec l’aide d’intelligences dites « artificielles » (IA).


2 – Entamer une éco-conception des câbles sous-marins.

Les câbles sous-marins sont constitués de différents matériaux et notamment de plastiques (polyéthylène et polycarbonate). Un premier volet de cette éco-conception consisterait à recourir pour ce qui concerne les prochains câbles en préparation, et notamment le projet Dunant conjointement mené par Orange et Google (37), à du polyéthylène et du polycarbonate recyclés. 

Coupe d’un câble sous-marin de télécommunication à fibres optiques. 1. Polyéthylène. 2. Bande de Mylar. 3. Tenseurs en acier. 4. Protection en aluminium pour l’étanchéité. 5. Polycarbonate. 6. Tube en aluminium ou en cuivre. 7. Vaseline. 8. Fibres optiques. (K)

La société Orange, qui constitue un des principaux câbliers mondiaux, a déjà entamé une démarche écologiquement vertueuse pour ce qui concerne les câbles retirés des océans par ses navires et notamment en vue de leur réutilisation, de leur destruction ou de leur recyclage (38). Leur éco-conception de surcroît est désormais à entamer.

3 – Adopter au quotidien une consommation raisonnée du matériau plastique et devenir exemplaire en la matière.

4 – Sensibiliser les utilisateurs des câbles sous-marins, c’est à dire l’ensemble des internautes, aux enjeux de la pollution plastique et à l’adoption d’une consommation raisonnée du matériau plastique.

 

Boris Perchat




Sources :

1 – https://blog.ariase.com/box/dossiers/navire-cablier-rene-descartes

2 – https://fr.wikipedia.org/wiki/TAT-1

3 – https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A2ble_t%C3%A9l%C3%A9graphique_transatlantique

4 – https://www2.telegeography.com/submarine-cable-faqs-frequently-asked-questions

5 – https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A2ble_sous-marin#cite_note-1

6 – https://www2.telegeography.com/submarine-cable-faqs-frequently-asked-questions

7 – https://www.submarinecablemap.com/#/submarine-cable/celtixconnect-1-cc-1

8 – https://www.eurafibre.fr/la-carte-mondiale-des-cables-de-telecommunications-sous-marins/
https://www.submarinecablemap.com/#/submarine-cable/seamewe-3

9 – https://www.cisco.com/c/en/us/solutions/collateral/service-provider/visual-networking-index-vni/white-paper-c11-741490.html#_Toc532256805

10 – https://www.ariase.com/fr/reportages/navire-cablier-rene-descartes-4.html

11 – https://news.microsoft.com/features/microsoft-facebook-telxius-complete-highest-capacity-subsea-cable-cross-atlantic/ https://www.numerama.com/tech/395610-google-va-tendre-son-propre-cable-transatlantique-entre-la-france-et-les-etats-unis.html

12 – http://www.curieuxdesavoir.com/112-les-plastiques-histoire-et-s.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Castilla_elastica

http://www.bpf.co.uk/plastipedia/plastics_history/Default.aspx

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gutta-percha

13 – https://www.plasticseurope.org/fr/about-plastics/what-are-plastics/history

http://www.bpf.co.uk/plastipedia/plastics_history/Default.aspx

https://en.wikipedia.org/wiki/Tortoiseshell

http://www.physique-et-matiere.com/bakelite.php

http://www.physique-et-matiere.com/matiere_plastique.php

14 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Parkesine

15 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Bak%C3%A9lite

http://www.curieuxdesavoir.com/112-les-plastiques-histoire-et-s.html

16 – http://www.septiemecontinent.com/pedagogie/lesson/histoire-du-plastique/

17 – https://www.plasticseurope.org/application/files/6315/4510/9658/Plastics_the_facts_2018_AF_web.pdf

18 – https://www.lesechos.fr/19/06/2018/lesechos.fr/0301845336027_de-plus-en-plus-decriee–la-production-de-plastique-ne-cesse-de-croitre.htm

19 – https://fr.wikipedia.org/wiki/Vortex_de_d%C3%A9chets_du_Pacifique_nord

20 – https://www.geo.fr/environnement/cop21-un-ocean-de-plastiques-158863

21 – http://sindaleachadatpe.e-monsite.com/pages/ocean-foyer-du-7eme-continent/courants-marins-et-gyres.html

https://www.lemonde.fr/planete/article/2012/05/09/le-7e-continent-de-plastique-ces-tourbillons-de-dechets-dans-les-oceans_1696072_3244.html

22 – http://www.institut-ocean.org/images/articles/documents/1451904797.pdf

23 – http://theoceancleaner.org/fr/plastic-pollution-problem-2/

24 – https://wwz.ifremer.fr/Espace-Presse/Communiques-de-presse/Archives/Communiques-2014/Pollution-des-oceans-une-premiere-estimation-globale-des-plastiques-flottants

25 – https://www.sciencemag.org/news/2014/05/trillions-plastic-pieces-may-be-trapped-arctic-ice

26 – https://www.sciencealert.com/plastic-bag-found-deepest-point-ocean-we-should-all-be-ashamed-mariana-trench-pollution

27 – https://sciencepost.fr/2018/11/il-y-a-beaucoup-plus-deau-aspiree-par-la-terre-que-prevu/

28 – https://www.pnas.org/content/112/38/11899.full

29 – https://www.geo.fr/environnement/cop21-un-ocean-de-plastiques-158863

30 – https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0111913

31 – https://www.uu.nl/en/news/we-dont-know-what-happens-to-99-of-the-plastic-that-ends-up-in-the-ocean

http://www.newser.com/story/189280/99-of-ocean-plastic-is-awol.html

https://filmsfortheearth.org/en/films/oceans-the-mystery-of-the-missing-plastic

32 – https://www.geochemicalperspectivesletters.org/article1829

33 – https://www.geo.fr/environnement/les-oceans-pollues-par-des-particules-invisibles-de-plastique-170765

34 – https://wwz.ifremer.fr/Actualites-et-Agenda/Toutes-les-actualites/8-juin-Journee-Mondiale-des-Oceans-Qui-veut-d-un-ocean-de-plastiques

35 – https://myboocompany.fr/plastique-consequences-de-la-pollution-sur-la-biodiversite/

36 – https://www.5gyres.org/
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0111913

37 – https://www.orange.com/fr/Press-Room/communiques/communiques-2018/Orange-et-Google-s-associent-pour-un-nouveau-cable-sous-marin-a-travers-l-Ocean-Atlantique

38 – https://www.orange.com/fr/actus-courtes-tuiles/responsabilite/actions/Environnement/Cap-sur-la-COP-episode-5

 

Sources images :

A – http://cartonumerique.blogspot.com/2018/04/les-cables-sous-marins-enjeu-majeur-de.html
B – https://www.submarinecablemap.com/
C – Photo de DR prise sur http://tinyurl.com/y4fhcj4q
D – Photo trouvée depuis une recherche sur Google – Source originelle inconnue / recherche en cours
E – Illustration Wikipédia /NOAA : http://tinyurl.com/y4symz7h
F – Photo prise sur https://tinyurl.com/y2bbyjx5 – Source inconnue / recherche en cours
G – Photo par Caroline Power prise sur http://tinyurl.com/y4aowszd
H – Photo prise sur https://www.sciencealert.com/plastic-bag-found-deepest-point-ocean-we-should-all-be-ashamed-mariana-trench-pollution
I – https://fr.wikipedia.org/wiki/Ren%C3%A9_Descartes_(c%C3%A2blier)#/media/File:France_Telecom_Marine_Rene_Descartes_p1150247.jpg
J – Photo prise sur https://www.leyton.com/blog-fr/?p=187-microplastiques-dans-lenvironnement-le-nouveau-defi-de-la-communaute-scientifique – Recherche de l’auteur en cours
K – https://fr.wikipedia.org/wiki/C%C3%A2ble_sous-marin#/media/File:Submarine_cable_cross-section_3D_plain.svg

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